Perlimpinpinologie, humour et philosophie

Humour, littérature, science, poésie, philosophie... Petits textes de perlimpinpinologie, domaine d'étude imaginaire se trouvant à l'intersection de tas de choses. Auteur Michel DALMAZZO.

17 août 2014

Déchets en analyse

Le monde est compliqué. Tout le monde le sait. Dieu ne nous a pas facilité les choses. Mais le monde n’est rien par rapport aux difficultés (doux euphémisme) que l’être humain se crée pour lui-même.

Voici un exemple éloquent qui m’est venu après avoir sorti les poubelles : la gestion des déchets. Car, on en conviendra, il n’y a pas de déchets sans activité humaine. En tout cas, la Nature ne se pose pas ce genre de problème.

 

 

déchets

 

Je suggère la lecture du document référencé 1789 (un document pourtant peu révolutionnaire) sur le site de l’INERIS (Institut National de l'Environnement industriel et des risques). Dois-je rappeler que l’INERIS est sous responsabilité du Ministère de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie [cf. 1]? On pourra donc s’y arrêter sans crainte d’attraper un virus.

Il ne faut pas manquer pas la classification des déchets. C’est une de ces belles réflexions françaises qui vous donnent un sentiment de puissance.
Elle répartit les déchets dangereux en quinze catégories.

Que voici :

-H1 : Les déchets explosifs
-H2 : Les déchets comburants
-H3A : Les déchets inflammables
-H3B : Les déchets facilement inflammables
-H4 : Les déchets irritants
-H5 : Les déchets nocifs
-H6 : Les déchets toxiques
-H7 : Les déchets cancérogènes
-H8 : Les déchets corrosifs
-H9 : Les déchets infectieux
-H10 : Les déchets toxiques pour la reproduction
-H11 : Les déchets mutagènes
-H12 : Les substances et préparations qui au contact de l’eau, de l’air ou d’un acide dégagent un gaz toxique ou très toxique
-H13 : les déchets sensibilisants
-H14 : les déchets écotoxiques
-H15 : les substances et préparation susceptibles, après élimination, de donner naissance, par quelque moyen que ce soit, à une autre substance, par exemple un produit de lixiviation, qui possède l’une des caractéristiques énumérées ci avant.

Depuis Descartes, ce beau travail s’appelle une analyse.
C’est la première étape que recommandent tous les spécialistes pour résoudre un problème compliqué : éclater le problème en sous-problèmes plus petits et plus simples. Comme il n’y a pas de montagne qu’on ne puisse réduire à un tas de cailloux, il n’est pas de problème qu’on ne puisse mettre ainsi à notre portée. 

Je devine les questions. C’est bien naturel. Analyste moi-même, je vais m’employer à y répondre.

Question : pourquoi la troisième catégorie a-t-elle été divisée en deux sous-catégories ?
Réponse : un louable souci de précision. En dessous d’un point d’éclair de 21°C, le déchet est dit 'facilement inflammable'. À partir de 21°C, et jusqu’à 55°C, le déchet sera classé plus justement dans la catégorie 'inflammable'. Evidemment, il faut savoir ce qu’est le point d’éclair, mais c’est facile si on veut se donner la peine.

Question : Et au dessus de 55°C ?
Réponse : Au dessus de 55°C, le déchet n’est pas inflammable.

Question : Pourquoi n’a-t-on pas fait de même dans d‘autres catégories, par exemple en définissant des déchets nocifs et des déchets très nocifs, des déchets faiblement mutagènes, des déchets mutagènes et des déchets terriblement mutagènes, etc.?
Réponse : il fallait faire simple pour rester clair ! Il est vrai que l’analyse eut été plus lumineuse encore si l’on avait utilisé une dénomination synthétique pour les catégories H12 et H15. C’est probablement ce qui a été fait, mais la création de mots nouveaux aura heurté la sensibilité linguistique de nos élites… Inutile d’insister.

Question : Comment s’appelle un déchet qui appartient à deux catégories. Par exemple, un déchet à la fois explosif et inflammable ?
Réponse : ça s’appelle un déchet à la fois explosif et inflammable. Pour devancer une éventuelle question, j’ajoute qu’il peut exister un déchet relevant de toutes les catégories. Sa désignation sera évidemment plus longue, voilà tout.

Question : si analyser est la première étape, quelle est la seconde ?
Réponse : créer des commissions (le nom peut varier, groupes, conseils, comités, départements, divisions, directions,…) dont l’objectif est d’aider les décideurs à décider.

D’ailleurs, c’est à cela qu’on reconnaît un problème vraiment sérieux.
On pourra vérifier que c’est le cas ici. 

Un Conseil national des déchets (CND) a été créé auprès du ministre chargé de l'environnement, (lequel désigne son président). Il est composé de 38 membres et leurs suppléants, répartis en 5 collèges. Un nombre modeste qui a conduit le législateur à autoriser la constitution de groupes de travail composés des compétences nécessaires. Les présidents de ces groupes sont désignés par le président du Conseil national des déchets. Pour information, rien qu’au début 2013, sept groupes de travail, chacun composé de 5 collèges (Etat, associations, élus, entreprises, experts) ont été nécessaires : Economie Circulaire, Positionnement des modes de traitement, Prévention, Financement, Filières REP, Déchets des entreprises et Déchets du BTP.  
Oui, il y a du boulot.
Une Commission Consultative sur le statut de déchet  (CCSD) est vite apparue nécessaire.
Aussitôt dit, aussitôt faite.
Cette commission, placée auprès du Ministre de l’Environnement, comprend vingt membres titulaires et autant de suppléants (qui peuvent être choisis en dehors des membres du Conseil national des déchets) [cf. 2]).
Il ne faudrait pas oublier le Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD) et ses Missions d’inspection générale territoriale (MIGT) [cf. 3], les Directions régionales de l’Environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) [cf. 4], les Directions départementales des territoires (et de la mer) (DDT et DDTM) [cf. 5]. Tous complètent avec harmonie et efficacité les moyens modestes du Ministère de l’écologie, du développement durable et de l’énergie, ainsi que ceux de la commission des Communautés européennes (à qui on doit le merveilleux catalogue européen des déchets, dit CED [cf. 6]).

Je devrais citer d’autres structures toutes aussi compétentes, en particulier dans le domaine nucléaire, autrement plus sensible que celui des piles usagées, mais je sens venir les sarcasmes...

On prétendra que savoir qui fait quoi est encore plus compliqué que ce qu’on est censé résoudre! (Ah, c’est malin ! ).
On soutiendra que la quantité de déchets produits par tous ceux qui s’en occupent est considérable ! (Ah, c’est facile !).

On me dira qu’il manque une catégorie de déchets dangereux : les c… (je reste poli).
Il y a toujours des gens pour ricaner.
Sans parler des fatalistes pour qui, le déchet étant le propre de l’homme, il n’y aurait rien à faire!
Qu’importe! Les chiens aboient mais, en sortant les poubelles, le philosophe passe.

 

© M.DALMAZZO
Et pourquoi pas?  Ici ou là: chez l'éditeur, à la FNAC, chez AMAZON ou ailleurs...

 

[1] http://www.ineris.fr/aida/consultation_document/1789
[2] Décret n° 2012-602 du 30 avril 2012 relatif à la procédure de sortie du statut de déchet
[3] http://www.cgedd.developpement-durable.gouv.fr/missions-et-organisation-r200.html
[4] http://www.developpement-durable.gouv.fr/Liste-des-21-DREAL
[5] http://www.developpement-durable.gouv.fr/Les-DDT-directions-departementales.html
[6] http://www.environnement.public.lu/dechets/informations_pratiques/CED/ced_liste_CED-2.pdf
[
-] la photo figurant en fond du dessin d'illustration a été empruntée à Wikiipedia

Posté par MichelDalmazzo à 14:18 - Des mots - Commentaires [0] - Permalien [#]
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