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Perlimpinpinologie, humour et philosophie
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21 mai 2009

Un signe

-C’est normal, Professeur ! Vous ne pouvez pas comprendre…Vous êtes un scientifique !
J’avais l’habitude de ce genre de remarque, mais cette fois-ci j’avais du mal à l’encaisser!
Enfin, quoi! L’esprit logique n’est pas un handicap !
Que l’on croie aux fées, aux soucoupes volantes, à la transmission de pensée, aux vampires, aux loups-garous, aux fantômes, à la perception extrasensorielle, à la lévitation, à cela ou à d’autres fariboles, passe encore, on peut croire en tellement de choses et de tellement de manières! Mais il n’y a qu’une façon de ne pas comprendre quand, beurre en broche ou fourmi à treize pattes, il n’y a rien à comprendre !

Perlimpinpinologie_15-C’est normal, Professeur ! Vous ne pouvez pas comprendre…Vous êtes un scientifique !
J’étais K.O. !
Eléonore était ma secrétaire depuis bientôt trois mois. La première fois qu’elle avait tenté de prononcer perlimpinpinologie, elle avait si délicieusement mélangé les syllabes que j’ai été touché au cœur. Depuis, je ne savais comment avouer le trouble que je ressentais.
J’avais trouvé ma première opportunité:
- Eléonore, voudriez-vous m’accompagner demain soir au gala de l’Amicale des Poètes Philosophes?
Le rose me montait aux joues.
Pour faire diversion, je tendais les cartons d’invitation, repas, attractions, artistes connus, en espérant des commentaires réjouis :
- Professeur, vous n’y pensez pas! Demain,… c’est vendredi 13 !
Dire que j’ai été surpris est peu dire. C’est là qu’elle m’a achevé :
-C’est normal, Professeur ! Vous ne pouvez pas comprendre ! Vous êtes un scientifique !

Groggy.
Demi-tour.
Tête basse, je ne songeais qu’à regagner mon bureau.
Sa jolie voix me rattrapa au moment où je fermais la porte.
- Professeur, Professeur, c’est d’accord ! Je prendrai mon gris-gris porte bonheur !
Comment expliquer mon béguin pour cette femme?
L’attraction des contraires.

Le lendemain après-midi fut vite bouclé. Elle avait pris un rendez-vous d’urgence chez son coiffeur et je n’avais pas la tête à mes recherches. Nous avions convenu de nous retrouver au pied de son immeuble à 19 heures.
En partant, elle m’avait salué:
- A tout de suite, Professeur…,
et à voix basse,
-
mais je vous en prie, mettez une autre cravate ! Le bleu n’est plus à la mode depuis longtemps!
Après l’uppercut de la veille, le crochet au foie !

A 19h00, j’étais déjà prêt.
Rasé de près, enchemisé de neuf, veste et pantalon fraîchement pressés et chaussures brillantes... Mais je n’avais toujours pas choisi ma cravate !

La plupart des décisions se prennent sans nous. Le chemin tourne, nous tournons, il monte, nous montons. C’est simple. La vie avance et nous la laissons faire. Mais il y a des moments où il n’y a pas le choix : c’est à nous de choisir!
Et ce jour là, c’était le cas !
A chacun sa méthode. Je suis un scientifique. La mienne est évidemment scientifique. Je visualise chaque éventualité, j’évalue les conséquences, je pèse avantages et inconvénients, probabilités à l’appui, ... Bref, une méthode solide!

J’avais vidé mon râtelier à cravates, tout étalé sur le lit, écarté les cravates plus ou moins bleues, rejeté les froissées, jeté les excentriques, il m’en restait deux : une verte ennuagée de violet et une violette fleurie de rouge.
Je sentais que sur un détail comme celui-là pouvait se jouer mon image d’homme de goût. A coup sûr, il ne se représenterait pas de sitôt une opportunité de montrer ma sensibilité à autre chose que les tubes à essais et les formules mathématiques.
Pas simple !
Pour me donner le temps de réfléchir, j’avais pris mes deux cravates, une dans chaque poche, et  étais parti très en avance au rendez-vous. J’avais laissé ma voiture non loin de chez Eléonore. Je voulais marcher un peu. L’homme d’action prend ses décisions en marchant.
Je marchais.
Je marchais et je réfléchissais.

Côté couleurs, grâce à ma mère, je savais tout.
Le choix était clair.
D’un côté, le vert paisible, renforcé par un violet romantique, inspirait la sérénité et l’équilibre. Bien. Bien… Peut-être trop sage et réservé. L’autre choix, le rouge, à peine atténué par le fond violet, suggérait la passion, l’énergie, le dynamisme, mais je redoutais que la fougue de l’ensemble n’apparût trop grande…
Un choix clair mais difficile.
Le bleu est moins compromettant.

Je regardais les passants, marmonnant en moi-même :
-
La mode ! La mode !
Je croisai une femme habillée de noir et de blanc, suivait un jeune homme à cravate beige et pull marron, puis un homme en gris, une femme en gris, une jupe bleue, un pantalon jaune, du rouge, du vert, du noir, du gris!
- La mode ? La mode ? répétais-je en levant les yeux au ciel.
Des oiseaux tournaient autour des toits.

Par association d’idées, je me lançai sur une nouvelle piste :
-
Autrefois, on avait des solutions dans des cas comme ça. Les oiseaux servaient d’oracle. S’ils allaient vers la droite, c’était mauvais signe... ou le contraire…Pratique !
A bien y réfléchir, je trouvais la méthode pas si simple :
-
Mais comment pouvaient-ils répondre à une question précise ? Et comment être sûr ? Si un oiseau va à droite pendant qu’un autre va à gauche, lequel choisir ? Probablement qu’on lâchait un seul oiseau…
Il valait mieux abandonner :
-
C’est une méthode impossible aujourd’hui. Personne n’a d’oiseau en réserve !
Je regardais autour de moi :
-
Le seul animal qui puisse servir d’oracle, aujourd’hui, c’est l’homme... Evidemment !
Il y avait peut-être quelque chose à tirer de cette réflexion :
-
Disons que je me fie à la première personne qui porte une cravate. Si sa cravate est de couleur vive, je mets ma cravate rouge, sinon ce sera l’autre. C’est simple ! Bon… Ca commence au prochain feu rouge ! Top, c’est parti !
Je m’arrêtai aussitôt. Mon raisonnement ne tenait pas la route.
-
C’est ridicule ! Les vêtements de quelqu’un ne peuvent pas changer pour moi ! C’est pour ça qu’autrefois on prenait des oiseaux. Les Dieux agissaient sur les vents et les oiseaux indiquaient la décision des Dieux sans le savoir… C’était super malin !

Au carrefour, je creusais une autre idée.
-
Disons que je prends la première personne qui a une main dans une poche. Si c’est la droite, je prends la cravate qui est dans ma poche droite, sinon ce sera l’autre.
Lumineux !
Oui, non? Mais, non ! Ca clochait ! La plupart des gens sont droitiers ! Je risquais de prendre pour un signe ce qui n’est qu’un simple effet statistique! Il ne serait pas étonnant que le droitier se serve plus souvent de sa poche droite que de sa poche gauche. Il fallait d’abord mesurer.
L’esprit scientifique !
Je me mis à observer les mains de tous les passants.
Au bout de cinq grosses minutes, j’avais compté trois poches droites, et deux poches gauches.
C’était long et plutôt approximatif.
-
Non ! Décidément, la bonne solution c’est l’oiseau qu’on lâche ! Pour faire pareil, il faudrait désigner soi-même la personne et d’observer ce qu’elle fait!
Evidemment! On ne peut croire au message que si on ne doute pas du messager !
Oui, mais comment faire ?

Le temps passait. Il fallait choisir!
J'avais pris ma décision - ma poche gauche, le côté cœur- quand je remarquai sur le trottoir opposé, juste en face de moi, un homme que je ne pouvais pas ne pas remarquer.
Les lunettes rondes, le front dégarni, la barbichette blanche, on eût dit mon père, ressuscité, se baladant sur les boulevards !
Mon cœur fit un bon de petit garçon.
L’homme éternua. Je reconnus la grimace, le tremblement des épaules, le gonflement des lèvres.
Mon père !
Il mit la main dans sa poche et en sortit un mouchoir!
Là, c’était clair ! Je pouvais y aller de confiance. La poche droite ! 
L’homme me croisa sans remarquer le regard d’amour que j’avais laissé sur sa nuque. J’étais ému et content que mon père ait voulu et su m’aider.

Je sursautai :
-
Professeur ! Vous êtes en avance!
Eléonore !
-
Ah ! Vous n’avez pas mis de cravate !
Elle semblait me gronder.
J’enfonçai prestement la main dans la poche de ma veste en cherchant les mots que j’allais dire, mais elle continua:
-
ça vous va bien Professeur !
Elle passa son bras sous le mien et me dit :
-
Venez, Michel, je vais vous montrer où j’habite. On a largement le temps.
C’était la première fois qu’elle m’appelait Michel.

Finalement, nous ne sommes pas ressortis.
Les esprits scientifiques ne peuvent pas comprendre, c’était Vendredi 13.

© M.DALMAZZO


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Commentaires
M
Bonjour Fomahault transmets le bonjour à Zeinot (j'ai mis son adresse dans la liste des liens)<br /> <br /> Bienvenue Prof de Français! Le nom choisi aurait tort de rebuter les élèves! Il suffit d'aller voir ce que tu écris pour s'en convaincre. (http://profdefrancais8.over-blog.com/ mis dans la liste des liens amis...)<br /> A bientôt.
F
Je me fais l'interprète de mon ami Zeitnot pour te remercier de tes commentaires sur son blog.<br /> Il a en ce moment quelques soucis de connexion sur over blog, comme moi d'ailleurs... Mais il reviendra dès qu'overblog le laissera faire, et il apprécie ton écriture.<br /> Moi aussi, j'aime, mais tu le savais déjà !
P
Merci de votre visite sur mon blog, très encourageante ! Je découvre vos textes avec plaisir. Et j'aime aussi les dessins. Bref, je reviendrai !
X
Sans cravatte, point besoin de l'oter... les poètes philosophes ont du être déçus... Me suis abonné à la newsletter (quel vilain mot!), ai déposé deux offrandes de commentaires (me voilà prolixe en dehors de chez moi), mais comme je suis un héritier du cartésianisme absolu et totalitaire, bien que le remettant en question chaque jour, je me fie au hasard, qui on le sait fait toujours bien les choses...
B
Voila, je me suis abonnée à la news letter<br /> Si même je prends souvent le large par rapport à fb, je ne vous perdrai pas de vue !<br /> Amitiés Michel
Perlimpinpinologie, humour et philosophie
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