Perlimpinpinologie, humour et philosophie

Humour, littérature, science, poésie, philosophie... Petits textes de perlimpinpinologie, domaine d'étude imaginaire se trouvant à l'intersection de tas de choses. Auteur Michel DALMAZZO.

06 avril 2015

Exister

rien

Pour exister, il suffit d'un rien.

Evidemment, pas n’importe quel rien, pas le rien vide, celui qu’on appelle le néant. Celui-là personne ne sait où il se trouve, personne ne sait ce que c'est, à part l’idée qu’on n'arrive pas à s'en faire - d'ailleurs, rien ne prouve qu'il existe. Alors que le vrai rien, lui, est bien connu. Il est partout, dans tout, autour de tout, pendant tout, au début et à la fin de tout : il imbibe le monde, comme la terre et les racines, comme l’air de nos poumons, comme le sang de notre corps.

C’est ce rien-là qui contient l’existence, ou plus exactement une existence virtuelle, une existence prête à naître. Car le rien est fertile. Au cœur, il frémit, il frissonne, il bégaie, il renifle. Ça dépend de l’endroit. Il y a des endroits où il chauffe et des endroits où il refroidit. Une bouillotte dans un lit, un radiateur dans un coin du salon, une bûche dans la cheminée... Le rien c’est pareil : il n’a pas la même température partout. Là où il fait froid, il attend, il dort, il est inconnu, inaperçu, insoupçonné mais dès que ça chauffe, il tremble, il s’agite, il se met à bouillir. A la longue, ses composants se séparent, une partie s’évapore, une autre se cristallise. Apparaissent alors des petits grains de matière qui grésillent comme de l’huile dans une poêle. Ces morceaux du monde d'où le rien a été éjecté, c’est ce qu’on appelle des atomes. Et c’est avec eux que commence l’existence proprement dite. 
Finalement, c’est simple : un point chaud, un atome, il en suffit d’un, et paf, ça y est on existe.

Evidemment, ce n’est pas la belle existence, de celle dans laquelle on pense, on imagine, on aime, on chante, on crée, on rit, bref toutes ces choses qui donnent le sentiment de vivre.
Oui, mais on n’en n’est pas loin. Pour cette existence-là, il faut plusieurs atomes. Et il en faut encore plus si on veut collectionner des images, des sons, des musiques, des mots, des berceuses, des caresses… Et plus encore pour parler, inventer, écrire, philosopher, poétiser, rêver... La vie, quoi!
Mais des atomes il y en a beaucoup dans le monde, et je ne parle pas de ceux qui sont dissous dans le rien. A plusieurs, ça donne une existence plus hasardeuse, plus compliquée, plus riche. Mais plus fragile: elle ne dure qu’un temps. C'est connu. Les liens entre atomes finissent par s’user, ils se distendent. Ils se sont trop donnés ou ils ont trop pris. On dit qu'ils ont trop vécu, et les atomes se séparent. Mais ils ne retournent pas tout de suite dans le rien. L’existence leur a donné de la solidité, elle leur a fabriqué une carapace avec ce qu’ils ont vécu, avec ce qu’ils ont appris. Car rien de ce qui a existé ne disparait, il n'y a pas de néant, le temps n'efface rien.

Plus tard, quand les atomes retournent dans le rien, l'existence s'y dilue et s'y diffuse. Elle agit comme un engrais, elle provoque comme des fermentations. C’est pour ça que le rien bouillonne et s’enrichit, C'est pour ça qu’au fil des âges, il peut procréer plus et plus encore.

Qu’on le veuille ou non, c’est comme ça qu’on existe.

 

(c) M.DALMAZZO

 

 

 

Et.. ici ou là: chez l'éditeur, ou ailleurs...


 

 

Posté par MichelDalmazzo à 19:45 - Des mots - Commentaires [2] - Permalien [#]
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Commentaires

    Oh, la belle question !

    Ah mon bon Michel...! Tu es vraiment un scientifique qui se cache derrière un poète. Tu fais tout pour cacher ta science (avoue-le) qui te sert d'armature pour accoucher d'une poésie cohérente (c'est rare).
    Le rien - sur lequel tout être sensé doit s'interroger ardemment, plus encore que sur la création - le vide, en somme, est bourré d'énergie, si j'ai bien compris, laquelle produit de la matière. Il me semble avoir toujours su ( qu'on ne me demande pas pourquoi), que le rien était déjà quelque chose. Donc que le rien n'est pas rien (on croirait Devos). Pour tout dire, et rien en même temps, le rien est vertigineux. On se demande...
    Amitiés, Jean.
    Posté par zorba, 11 avril 2015 à 13:12
  • Oh, la mauvaise réponse!

    Ah Zorba, je crains d'être un mauvais poète apres avoir été un mauvais scientifique!! Peut être est-ce pourquoi je veux croire à l'importance des petits riens dont je suis fait, et que, du haut de moi-même, j'errige en vérité uinverselle! Vraiment, Je n'ai peur de rien... ou de tout..
    Merci de ta présence, Jean.
    Posté par Micheldalmazzo, 12 avril 2015 à 00:43

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