Perlimpinpinologie, humour et philosophie

Humour, littérature, science, poésie, philosophie... Petits textes de perlimpinpinologie, domaine d'étude imaginaire se trouvant à l'intersection de tas de choses. Auteur Michel DALMAZZO.

28 février 2015

7 milliards

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Tous les démographes sont à peu près d’accord : il y a aujourd’hui sept milliards d’êtres humains sur la planète. 
Le nombre est évidemment approximatif pour la simple et bonne raison que toutes les maternités ne sont pas encore reliées à Internet, et encore moins les cimetières. D’ailleurs, il y a tant d’endroits où on nait ou où on meurt qui ne sont reliés à rien du tout, que cela rend inutile une quelconque modernisation des seuls lieux officiels.
Donc, sept milliards.
Malheureusement très peu de gens ont une idée claire de ce que représente un milliard.
La plupart se disent c’est beaucoup, c’est immense, c’est affreux, c’est la fin du monde et ils préfèrent qu’on leur parle d’autre chose. Et ce ne sont pas les experts, habitués qu’ils sont aux nombres gigantesques, qui vont les aider. Le salut, s’il vient, viendra des vulgarisateurs, talentueux, rigoureux, honnêtes, désintéressés...

Comme j’ose me ranger dans cette catégorie, voici.

Sept milliards, donc.
Supposons que le poids moyen d’un être humain soit de 20 kg.
Oui, c’est faible, mais il n’y a pas que des américains, et il y a beaucoup d’enfants.
Si on veut, on pourra refaire les calculs en prenant le double (ou le triple si on est optimiste), mais on verra que ça changera peu ma conclusion.
Disons donc 20Kg.
Multiplié par 7 milliards, ça représente (faites-moi confiance) une masse totale de 140 millions de tonnes.
Sachant que la masse volumique du corps humain est environ 1 (là encore il y a des spécialistes), on peut estimer à 140 millions de mètres cubes le volume total de la barbaque humaine (avant décomposition, évidemment).
Ce qui signifie qu’en creusant un trou de 1km de large, 1km de long et 200m de profondeur, on peut faire disparaître sans difficulté la totalité de l’espèce humaine (même tout habillée).
Il est clair qu’en prévoyant plus de trous, plus petits et dispersés sur la planète, on fera sur les frais de transports et d’excavation de grosses économies, quitte à distribuer ici et là quelques subventions pour encourager la micro-entreprise.
De plus, il est nul besoin pour lancer le projet d’une concertation internationale, de celles où tout le monde finit par se mettre d’accord pour se mettre d’accord de ne pas se mettre d’accord.
Comme vous le voyez, c’est tout à fait à notre portée.
D'ailleurs, nombre d'entrepreneurs enthousiastes n'ont pas attendu un quelconque feu vert pour se mettre à l'ouvrage.
Voilà, j’espère avoir été clair : convenez que, contrairement à ce que vous pensiez, sept milliards, ce n’est vraiment pas grand chose.

 

 (c) M.DALMAZZO

 

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21 février 2015

J'y étais presque...

 

doute

Je ne vois aucun défaut dans cette phrase: elle respecte toutes les règles grammaticales en usage par chez nous; elle est suffisamment claire pour avoir un sens; elle sonne bien et elle utilise trois points-virgules!
Une phrase parfaite. 

Quoique, en la relisant, il me vient un petit doute.

Peut-être aurais-je dû annoncer le point d'exclamation final en insistant sur la subtile frivolité qu'il lui apporte? Il serait dommage de passer dessus sans la remarquer. D'un autre côté, l'eussé-je fait, j´aurais allongé ma phrase au point, peut-être, de décourager d'impatients lecteurs.

Une autre méthode, plus légère, eût été de jouer sur la typographie. C´est à dire graisser, souligner ou mettre en italiques (voire les trois à la fois) les mots importants, ce qui évite de s´étendre. En prime, la variété graphique du procédé, toute en retenue, confère au texte un aspect professionnel à même d'asseoir son autorité.
C'est vrai.
En tout cas, pour les plus traditionnels de mes lecteurs.
Mais les autres, les modernes, auraient pu en prendre ombrage! Si c'est comme ça, n'auraient-ils pas manqué de me reprocher, pourquoi ne pas avoir utilisé des couleurs, des polices exotiques ou des petits dessins (voire les trois à la fois)? Ces méthodes sont bigrement plus efficaces que de sommaires retouches de caractères! Cerise sur le gâteau, elles donnent à l´écriture un air de jeunesse indéniable.
C'est vrai aussi.

Je ne sais que faire.

J'espérais avoir ciselé un bel objet littéraire, simple, court, empli de certitude, une de ces phrases-médicaments qui apporte au lecteur joie et plénitude. Mais le doute s'est glissé, ma phrase est affaiblie et je me vois contraint de lui adjoindre ce long commentaire pour la réconforter!
Merde alors!

 (c) M.DALMAZZO

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14 décembre 2014

Tobie or not Tobie

poiss001 (Medium)

Comme chacun sait, le livre de Tobie est un livre de l'Ancien Testament.
Il raconte l'histoire (je simplifie) d'un Judéen devenu aveugle après avoir reçu de la fiente d'oiseau dans les yeux.
Je passe sur les péripéties...
C'est l'ange Raphaël qui, prescrivant le bon médicament, le fiel d'un poissonpermit au malheureux de recouvrer la vue.

On se doute que les scientifiques ont étudié la question ! Il est fréquent, en effet, que l'excrément d'un volatil indélicat entre dramatiquement dans l'oeil d'un rêveur ou d'un touriste.
Au point que le syndrôme de Tobie (à ne pas confondre avec celui de Stendhal) garantirait de solides revenus à tout pharmacien qui en proposerait le remède.

Le problème posé était clair: de quel poisson s'agissait-il?

Le texte biblique donne quelques indications précieuses: la bestiole était grosse (il est écrit qu'elle pouvait avaler le pied du héros) et vivait dans le Tigre (fleuve de Mésopotamie souvent associé à l'Euphtrate en cours de géographie)

On a évidemment envoyé sur place quelques marins-pêcheurs.
Ils ont rapporté un échantillon de tout ce qui frétille là-bas et qui présente une taille respectable (cf nb1).
On a ouvert chacun par le milieu.
On a prélevé précautionneusement cette belle humeur jaune qu'on appelle le fiel
(Que ceux qui veulent en vérifier par eux-mêmes les propriétés sachent que c'est la liqueur, souvent amère, contenue dans une petite vessie accolée au foie.)
On a utilisé des volontaires acceptant de perdre un oeil ou deux pour faire progresser la science (il y en a).
On a testé.
On a testé. On a testé. On a testé.
...
Ca n'a rien donné.

Conclusion?

On a d'abord pensé que l'espèce recherchée avait disparu depuis l'époque de Tobie.
Les experts ont vérifié. En cherchant mieux, on a retrouvé les manquants à l'appel et on a pu écarter cette hypothèse...
Impossible, par ailleurs, de croire que l'oeil de Tobit (cf nb2) avait guéri tout seul. L'intervention de l'ange Raphaël eut été ridicule, sinon inutile. 
Tout aussi difficle d'imaginer que l'ange avait dissimulé la réalité de son intervention derrière une mascarade indigne d'un envoyé celeste. 
Quant aux scientifiques d'aujourd'hui, on sait qui ils sont, où ils habitent et on connait leurs fréquentations: on peut être sûr de leur sérieux.

On doit donc admettre que l'auteur du récit disait n'importe quoi ou, pire, avait quelque chose à vendre.

C'est pourquoi le livre de Tobie ne figure ni au canon hébraïque ni au canon protestant de la Bible. 
Il s'agirait pour la plupart des exégètes d'aujourd'hui d'une histoire pour endormir les enfants.
Les perlimpinipologues, quant à eux, y voient une jolie fable sur la nature du Monde.

(c) M.DALMAZZO

 

nb1:Pour ceux que ça intéresse, voici la liste des animaux à nageoires retenus (par ordre de taille décroissante). Je sais bien que ça ne sert à rien, mais les noms sont jolis:.

Carcharhinus leucas
Aspius vorax
Mastacembelus Mastacembelus
Leuciscus cephalus
Carassius auratus auratus
Ameiurus nebulosus
Capoeta barroisi
trutta Capoeta
Chalcalburnus mossulensis
Leuciscus lepidus
Chondrostoma regium
Barbus grypus
Barbus kosswigi
Barbus luteus
Barbus mystaceus
Barbus pectoralis
Barbus subquincunciatus
Barbus xanthopterus
Cobitis elazigensis
Acanthobrama marmid
Alburnoides bipunctatus
Alburnus caeruleus
Alburnus sellal
Barilius mesopotamicus
Glyptothorax cous
Cyprinion kais
Cyprinion macrostomus
Garra variabilis
Hemigrammocapoeta elegans
Nemacheilus hamwii

Le premier peut atteindre 3m50 de long et le dernier 10cm. (cf http://fish.mongabay.com/data/ecosystems/)

nb2: Tobit est le père aveuglé, Tobie est le fils.. 

 

Et.. ici ou là: chez l'éditeur, à la FNAC, chez AMAZON ou ailleurs...


 

 

 




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