Perlimpinpinologie, humour et philosophie

Humour, littérature, science, poésie, philosophie... Petits textes de perlimpinpinologie, domaine d'étude imaginaire se trouvant à l'intersection de tas de choses. Auteur Michel DALMAZZO.

23 mai 2015

Attendre ?

attendre

Attendre? 
Il n’y a rien de plus sensé qu’attendre. 
C’est même un des comportements les plus sensés qui soit. On n’attend jamais bêtement. C’est le résultat d’une démarche plus ou moins appliquée, plus ou moins consciente, mais incontestablement rationnelle : il a fallu anticiper, imaginer, penser que quelque chose ou quelqu’un va arriver, en évaluer les conditions, suffisamment pour y croire, envisager les hypothèses, calculer les conséquences si on rate tout ou partie de l’événement, si on le subit, si on l’ignore, si on le précède, si on s’y prépare…. On aura estimé, comparé, pesé les pour et les contre, et c’est en connaissance de cause qu’on décide de ce qu’on fait, de quand et comment on  le fait...

Dit comme ça, le processus a l’air long et laborieux mais il peut aller beaucoup plus vite que mon explication.
Par exemple, si c’est un piano qui vous dégringole sur la tête depuis la fenêtre du dixième étage, vous n’attendrez pas longtemps pour bouger - si vous pouvez. Pareil pour la gazelle qui, dans un courant d’air, sent le lion. D’ailleurs, le lion le sait, il attendra que le vent tombe pour approcher.
Par contre, si vous devez aller chercher votre belle-mère lundi prochain au train de 10h30, en provenance de la Roche-sur-Yon, vous réfléchirez tranquillement à l’itinéraire qui vous conduira à la gare, sans oublier les impondérables : le niveau d'essence, les camions-poubelles, la place de parking, et peut-être même le temps qui vous sera nécessaire pour prendre un café-croissant chez Suzette.... Il y a un moment pour tout, si on peut choisir son moment. Le renard sait qu’il faut attendre la nuit pour approcher de la bergerie.

Tous, la gazelle, le lion, le renard, la brebis, vous, moi, tous, nous savons ce qu’est l’attente. Nous la pratiquons dès notre premier souffle, pour préparer le second, pour le sein de maman, le lait dans la gorge et même pour ce putain de rot qui ne vient pas… Depuis cet instant, et presque à chaque instant, nous vivons et revivons par anticipation ce que nous attendons: l’heure de la récrée, la fin de la pluie, la sortie du boulot, le dénouement du film, la période des soldes, le sourire de la boulangère, le relevé de la banque, le sommeil, le rêve, le souvenir, le retour des cigognes, la nuit...
Il y a tant de raisons d’attendre ! Nous attendons si souvent que ne pas attendre est attendre sans y penser la prochaine raison d’attendre... Tout geste est une attente, tout mouvement est une attente. Même la vague attend la plage pour se reposer. La nuit attend le jour, la pluie attend le sol, la rivière attend la mer, l’arbre attend le printemps, la feuille attend le sol… Il y a toujours une pendule qui tourne, un ressort tendu, une mèche qui brûle, un sable qui s’écoule, une minute qui arrive, il y a tant d’horloges, de serrures, de tiroirs, de roues dentées, de cliquets, de déclics, de cliquetis…
Il y a toujours une mécanique en marche.
L’attente est tout et partout, elle en cache l’hypothèse, elle en est l’explication.
Il n’y a rien d’insensé.

 

(c) M.DALMAZZO

 

 

Et.. ici ou là: chez l'éditeur, ou ailleurs...

 

 

 


 

 

 

 



28 avril 2015

Coup de foudre

bl007A quelques mètres de l'université, un petit fleuriste avait fait son trou, comme une oasis dans le bitume.

La verdure débordait généreusement sur le trottoir.

Pour  aller et venir de la fac à ma chambre d’étudiant, je passais rarement par là, prenant un itinéraire plus rapide mais qui n’avait rien de végétal. C’est ce que j’aurais fait, ce 22 septembre, s’il n’y avait eu, quelques jours plus tard, l’anniversaire de ma grand-mère et, dans la foulée, un contrôle de connaissances très important pour ma moyenne annuelle.

Je n’avais pas le choix. Je devais rater la fête de famille et potasser à fond le cours de Métaphysique Cellulaire. Je me sentais très faible sur ce sujet.

Pour m’excuser, j’avais décidé d’envoyer un gros bouquet de fleurs.

Et voilà pourquoi, ce jour-là, je fis un détour par l’oasis.

 * 

 En poussant la porte du magasin, j’étais préoccupé par mes révisions, en particulier le chapitre sur la conscience atomique, que je n’avais pas vraiment assimilé. Je me répétais à voix basse les formules fondamentales reliant forces mentales et tonus cardiaque quand, venant de nulle part, une voix douce me caressa les oreilles :

-          Bonjour, Monsieur.

Seuls les anges parlent comme ça. 

Mes pensées s’évanouirent immédiatement. J’eus l’impression paradoxale de me réveiller, d’entrer dans un rêve et, au même moment, d’ouvrir les yeux.

La boutique était un capharnaüm végétal.

En pire.

Un morceau de savane extra-terrestre, une jungle, un délire de chlorophylle, une débauche d'odeurs. Des feuilles, des feuilles, des fleurs, des feuilles, des fleurs, des fleurs… Il y en avait partout. Trop pour savoir où poser les yeux. Trop pour oser bouger les pieds.

Il me fallut un moment pour me rappeler ce que je venais faire là-dedans.

Je distinguai un petit chemin de paille qui longeait un ruisseau. La voie était indiquée mais tout restait à faire: plier les bras, tourner le buste, éviter les lianes qui pendaient du plafond, échapper aux branches qui m'attaquaient les cheveux.

Il faisait chaud.

Je pense qu’une plante carnivore m'a attrapé un doigt.

Il faisait humide.

Un crissement sous ma chaussure, j’écrasais des fourmis qui empruntaient le même tas de mousse que moi.

Il faisait chaud et humide.

Une sorte de boa dormait sous un buisson. Des exhalaisons étranges attaquèrent mes narines. Un moustique entra dans mon oreille. Une araignée me sauta sur l’épaule. Je me demande même si un alligator ne m'a pas caressé un mollet.

J'optais pour la marche arrière.

J'amorçais un demi-tour quand l’ange me rappela :

- Monsieur?

 Je levai la tête et scrutai la cime des feuillages, sûr qu’une telle voix ne pouvait venir que d’en haut.

Au loin, on devinait une musique.

Tout d'un coup, à vingt centimètres de mes yeux s’ouvrirent deux orchidées bleues. Elles me regardaient.

J'ai reculé d'un pas. Un vase a tremblé.

J'ai secoué la tête, écarquillé les yeux et découvris, entre deux baobabs, un bouquet de fleurs déguisé en jolie fille.

-          Monsieur?

Elle parlait en bougeant de jolis pétales rouges.
Je bafouillais quelque chose comme fleurs, heu, envoyer, heu, heu, grand-mère, anniversaire.

Je me souviens de son sourire lumineux. Comme un trait de soleil au travers des futaies.
Je ne sais pas comment elle a deviné ce que je voulais ni comment j’ai réussi à lui donné le nom et l'adresse de la personne destinataire du bouquet.

Ah oui, j’ai écrit.

-          Maria? Elle a le même prénom que moi… Et vous c'est comment?

-          Comment quoi?

-          Votre prénom?

 J'ai cherché. J’ai dit heu, haheu, heu. Elle a souri à nouveau. Une étoile a brillé sur ses dents.

-          C’est Michel !

-          Heu... quoi ? bl012

-          Michel, votre prénom ! Il est marqué sur votre carte bleue!

-          Ah oui, heu...

-          Et bien, au revoir, Michel.

Je ne sais pas comment je suis sorti.

Pendant deux jours, je n’ai pas pu ouvrir le moindre livre.

A mon examen de métaphysique moléculaire, j’avais la tête pleine de soleil. J’ai rempli trois pages de noms de fleurs, je crois même avoir dessiné une rose.

 

 C’est cette fois-là que j’ai eu ma meilleure note.

   

© M.DALMAZZO

 


 

 


27 avril 2015

Un peu de bon sens

Alerte

Le monde est compliqué, c'est peu de le dire. 
Si on en croit les experts les plus optimistes, nous allons droit vers la disparition pure et simple de ce que nous avons de plus cher (c'est à dire nous-mêmes). Le seul espoir qui nous reste serait de faire nos bagages et de changer de planète.

Il est temps de calmer les esprits.
Un peu de bon sens vaut mieux que corde à nœuds, et relisons Descartes, notre père à tous en matière de méthode : il faut commencer par identifier les problèmes qui se posent à l'humanité.
Car - incroyable mais vrai - personne n'en a encore fait la liste !
Comment voulez-vous dans ces conditions savoir sur quel problème il convient d’agir en priorité ?

Histoire de montrer que ce n'est pas le bout du monde, je vais commencer le boulot !
Il paraît judicieux de lister les problèmes selon leur taille, c'est à dire le nombre d'êtres humains (EH) directement concernés.
En allant du plus grand au plus petit, on peut classer les problèmes ainsi :

- Super-problèmes : ce sont les problèmes qui concernent tous les êtres humains.
Pour exemple, j’avais pensé au respect des droits de l'homme, mais certains philosophes de mes amis m’ont persuadé que les définitions internationales données à ces trois mots (respect, droit et homme) prétendent simplifier le problème.
Passons. Il y a d’autres exemples, incontestables ceux-là, de super-problèmes, comme l’intolérance, la bêtise et la méchanceté (toujours croissantes), la mort (toujours invaincue), l'existence de l'âme et ses conditions d’accès au Paradis (toujours hypothétiques)…

- Téra-problèmes : ce sont ceux qui touchent plus d'un milliard d'êtres humains (109 EH).
Tout le monde a entendu parler du réchauffement de la planète. C’est le téra-problème le plus discuté dans les salons de coiffure sérieux, et ce à juste titre quand on pense à ce qu'en seraient les terribles conséquences : élévation du niveau des mers (cf. le sort des belles villas de Palm Beach), migration de populations (cf. le nombre croissant de méduses et de requins sur les plages de sable fin de la Côte d'Azur), augmentation des canicules estivales (cf. le prix des climatiseurs), disparition des 3/4 des stations de sports d'hiver (que faire en hiver ?), etc.

- Méga-problèmes (de 106 EH à 10EH)
Viennent immédiatement à l'esprit les guerres multiples qui secouent le monde et leurs cortèges d’horreurs. L'idéal serait de les empêcher, mais on peut craindre que cela pose une quantité de problèmes encore plus difficiles à résoudre (rappelons que la guerre est une des distractions les plus anciennes de l'humanité).
Mais il y a dans cette catégorie suffisamment d’autres problèmes pour trouver à s’occuper : la faim, la pollution, la raréfaction des matières premières (dont l'eau et la solidarité), le marchandising de la santé, l'aide au développement des pays sous développés, l'aide au développement des pays en cours de développement, l'aide au développement des pays développés...

On m’en voudrait de ne pas citer quelques graves problèmes français comme la question de l’âge de la retraite, la qualité consternante des programmes de télévision, et le niveau déplorable de nos clubs de football...

- Gros-problèmes (de 10EH à 10EH).
Ce sont les problèmes préférés par nos médias : les catastrophes naturelles (tremblements de terre, éruptions volcaniques, tsunamis, inondations, sécheresses, épidémies...), les catastrophes industrielles (explosions de centrales nucléaires, dispersion d’agents chimiques,..) et les conflits de toutes sortes (dont certains méritent d’être rangés dans la catégorie supérieure) entre communautés, clans, tribus, peuples, nations, ethnies, religions et autres groupes de partisans de ceci contre les partisans de cela.
Il y a aussi la mauvaise fluidité des autoroutes parisiens entre 7h et 10h, entre 17h et 20h, et souvent entre 10h et 17h, voire entre 20h et 7h.

 - Petits-problèmes (de 1 EH à 103EH)
Plus les problèmes sont petits, plus ils sont nombreux. Je me limiterai donc à citer ici la question épineuse (taille= 900 EH) du changement de nom de Saint-Fraimbault-de-Prières, jolie commune de Mayenne, la faiblesse relative des rémunérations des patrons du cac40 (40 EH), le choix entre Juppé et Sarkozy (2 EH), ou l'impossibilité qui est la mienne de réussir une omelette au fromage et aux pommes de terre (1 EH).

 - Faux-Problèmes
Ici, ce n'est pas tant la quantité d'étres humains concernés qui permet d'identifier cette sorte de problèmes que la simplicité de leur solution. On y trouve des questions aussi diverses que l'existence de Dieu, l'importance relative de Moïse, de Jésus ou de Mahomet dans l'organisation de la galaxie, le sexe des anges, l'authenticité du Suaire de Turin, la toxicité de la viande de porc, la couleur du cheval d'Henri IV, l'identité du masque de fer, la présence parmi-nous des extraterrestres, etc. 

La solution est évidente: chacun peut penser et faire ce qu'il veut à condition que ce soit dans son coin et n’en empêche personne.

Évidemment, cette liste n'est pas exhaustive. Un petit groupe d'experts et quelques réunions (dans une arrière-salle que je sais) en viendront aisément à bout.
Il faudra ensuite classer tout ça par ordre de priorité. Quelques micros-trottoirs seront nécessaires. Coûteux, puisqu'il faudra se rendre sur tous les trottoirs représentatifs de la planète, mais vu l'importance du sujet, nul doute que les financements suivront.

Voilà, l'élan est donné, je vais boire un coup.

 

 

(c) M.DALMAZZO

 

 Et.. ici ou là: chez l'éditeur, ou ailleurs...